Résidences pédagogiques : un contrôle inédit des pratiques et une formation qui échappe aux équipes
L'année scolaire 2026 va voir se développer les résidences pédagogiques, "nouvelle modalité" de formation, qui s'inscrit dans une nouvelle politique. L’objectif affiché : permettre une formation adaptée (sic !) aux besoins de chaque école, avec 24 heures en mathématiques, 24 heures en français et 24 heures dédiées à « d’autres domaines ».
Trois niveaux de dispositifs y sont annoncés :
- Les animations pédagogiques de circonscription ou départementales
- Les plans « constellation » maths et français
- Une nouveauté mise en avant, la résidence pédagogique.
Vers une direction transformée en pilote administratif
Par ce dispositif, le souhait d’une hiérarchie intermédiaire est réaffirmé avec les directeurices comme « pilotes du projet de formation ». On leur confie de plus en plus un rôle d’exécutant·es d’objectifs définis au niveau de la circonscription.
Un calendrier figé sur plusieurs années, peu compatible avec la mobilité et la diversité des équipes
Sous couvert de prendre en compte les besoins de terrain, le dispositif demande aux équipes de se projeter sur quatre années, alors même que l’administration n’arrive pas à tenir le planning de formation sur une année scolaire ! Cette planification est de plus peu compatible avec la réalité : turn-over d’équipes, remplacements, évolution des besoins pédagogiques, contraintes locales imprévues… Et le choix laissé aux équipes est très réduit, la majorité de la formation étant décidée en circonscription. Nous rappelons pourtant ce que le Code de l’Éducation prévoit : « Le Conseil des Maîtres est consulté par le directeur d'école en vue d'identifier les besoins de formation de l'équipe pédagogique et de proposer des actions de formation à l'inspecteur de l'éducation nationale chargé de la circonscription du premier degré. » Il revient donc à l’équipe de proposer les actions de formation, en lien avec ses besoins !
Dans les différents retours que nous avons, il s'agit d'engager les équipes dans un dispositif collectif de formation pour 4 ans par exemple : Résidence -> Animations Pédagogiques -> Constellations -> Animations Péda...)
Il s'agit d'une main mise sans précédent des IEN sur les contenus de formation continue.
Focus sur les résidences pédagogiques
Des évaluations nationales comme boussole… et comme leviers de contrôle
Encore une fois, les résultats aux évaluations nationales seront les indicateurs de pilotage utilisés pour choisir les écoles concernées et/ou orienter la résidence pédagogique (voir plus bas).
Des conseiller·ères pédagogiques, parfois l’IEN, seront alors missionné·es pour intervenir sur place sur les 18h animations pédagogiques. Ceci afin d’« aider les enseignant·es à monter en compétence » autour d’une thématique retenue.
La logique est claire : corréler résultats d’évaluations et pratiques enseignantes, puis imposer des dispositifs d’intervention pour améliorer ces indicateurs. Mais le risque est grand pour les collègues de voir leurs pratiques pédagogiques mis·es sous surveillance.
Depuis toujours, les IEN ont la possibilité de venir en classe (ce n’est pas issu de PPCR !). Mais ici, il est évident et des premiers retours le confirment qu’il s’agit d’une tentative de contrôle resserré des pratiques des collègues, et d’imposition de pratiques jugées « bonnes » par le Ministère.
Dans notre département il est prévu en outre que 12h soient prélevées sur les 108h, alors que les Conseils de maîtres et de cycle n’ont pas vocation à être utilisés dans ces dispositifs. C’est donc là aussi une mise sous tutelle des temps de travail collectifs pour les équipes.
Le cadre des résidences pédagogiques prévoit par ailleurs deux scénarios, des résidences filées ou massées.
Quelles suites ? Comment s’opposer ?
Motions de conseils de maîtres, argumentaires, réglementation… Contactez-nous si vous êtes « ciblé » par une résidence pédagogique l’année prochaine.
La FSU-SNUipp défend une formation continue qui répond aux besoins réels et exprimés des équipes. Pour cela la formation doit avoir lieu sur le temps de service, avec suffisamment de remplaçant·es, du temps de formation conséquent.
Lire ci-dessous l'extrait du cr de notre audience du 30 avril :
Nous avons commencé par questionner les services sur la mise en place de ces résidences l'année prochaine dans des écoles du département. A notre connaissance, elles ne s'appuient sur aucun dispositif réglementaire. Elles sont présentées comme une "modalité de formation", comme ce que nous avions connu dans le département il y a une quinzaine d'année (avant PPCR) avec des "visites d'école" sur plusieurs semaines.
Mais de nombreuses questions restent en suspens : cadre, planning, choix des écoles, horaires... Il a déjà été annoncé que l'intégralité des 18h d'AP et certaines heures des 108h seront mobilisées dans le cadre de ces résidences. En tout état de cause, et conformément aux textes, les conseils de maîtres et de cycles n'ont pas vocation à être mobilisées pour ces "résidences". Nous contestons cette nouvelle limitation d'accès à la formation continue.
Cette modalité constitue clairement une nouvelle manière d'imposer les contenus de formation, en lien avec les résultats des élèves, et les pratiques pédagogiques.
Le choix des écoles par l'administration est le fruit d'une analyse entre l'IPS de l'école, les résultats des élèves aux évaluations nationales comparés à "ceux qu'ils devraient être" par rapport à leur IPS. Ainsi, si les élèves ont des résultats inférieurs, par exemple en fluence, à la moyenne des écoles ayant le même IPS, alors la résidence pédagogique aura pour objet d'apporter aux enseignant·es les "bonnes pratiques" en fluence, qui permettront enfin aux élèves d'atteindre les objectifs...
Pour la FSU-SNUipp, ces résidences pédagogiques imposées sont la conséquence d'une politique éducative pilotée par les résultats aux évaluations. Celles-ci entraînent en effet l’érosion de l’autonomie et de la capacité à stimuler l’apprentissage des élèves et la déprofessionnalisation d’un corps enseignant démotivé car dessaisi de l’acte d’évaluer, partie intégrante du métier. Elles ont par ailleurs des effets pervers du fait du poids des résultats des élèves dans la rémunération et l’affectation des enseignant·es comme la mise à l’écart des élèves le plus en difficultés et la mise en œuvre de stratégies de contournement, comme le bachotage ou le non-respect des consignes de passation. Sont aussi dénoncés la tendance à la réduction du curriculum scolaire (les disciplines concernées étant privilégiées au détriment des autres) et le renforcement des inégalités sociales dans l’accès aux savoirs et à une culture partagée lié à cet appauvrissement des enseignements. Les résidences constituent également un moyen très puissant pour les IEN de contrôler les pratiques pédagogiques et de les imposer.
Cette vision de l'apprentissage masque les limites que l'école rencontre pour faire progresser tous les élèves : manque de RASED, médecine scolaire, suivi éducatif, aide à la parentalité, effectifs chargés, paupérisation de la société...
Pour la FSU-SNUipp, ces résidences, même sous couvert d'être un dispositif de formation ne pourront emporter l'adhésion des équipes si celles-ci ne sont pas volontaires et si elles ne répondent pas aux besoins qu'elles doivent pouvoir exprimer via le conseil des maîtres.
Nous considérons que la formation continue doit être de qualité, avec une offre importante et laissée aux choix des collègues et des équipes. Elle ne doivent pas constituer un moyen de pression pour les équipes qui font ce qu'elles peuvent dans des conditions largement plus défavorables que dans d'autres pays.
Nous avons exigé l'abandon de ces résidences pédagogiques. Cette demande n'exclut pas des temps de formation dans les écoles suite à une demande de l'équipe afin de répondre à une problématique définie par elle.
Si votre école est concernée par une résidence pédagogique, n'hésitez pas à nous contacter.